Extraits choisis
« Chaque naissance est une conquête de la liberté. Elle est comme une création du monde : un frémissement de sens dans l’atonie des jours. Par l’entremise de sa série Aurore, Claire Poiroux rend compte de ce frémissement. Elle place son objectif au plus près, au plus proche, au ras des choses, là où l’ébrouement minuscule des signes constitue l’indice de ce surgissement. Elle se tient au niveau de l’infime, se place dans l’infra-ordinaire.
La figurine d’oiseau a perdu une plume, le poisson en matière plastique contemple son reflet, l’ombre de la mère attentive se dessine en silhouette sur le papier peint : le regard s’embue, il se fait tout de douceur et tout de ténuité. Le chromatisme lui-même s’imprègne de cet engendrement : il culbute alternativement dans le bleu et dans l’orangé, couleurs élémentaires, couleurs originelles, eau et feu, air et terre.
L’infinie délicatesse avec laquelle Claire Poiroux élabore chacune de ses photos témoigne de la fragilité des êtres, de cette grâce fluette qu’est la vie. Les objets les plus modestes, les plus dépourvus de prestige, elle les investit de ses émois intérieurs. De l’art le plus voyeur qui soit, elle fait l’expression paradoxale de sa pudeur et de son intimité. »
Catalogue de la Maison de la Photographie de Grenoble
Jean-Louis ROUX, écrivain et critique d’art

Le Dauphiné Libéré
« Claire Poiroux, photographie ce qui passe « entre ». Ni passé, ni présent ; ni véritablement flou. Avec elle, même le vent porte une ombre. Surtout le vent. Que peu savent regarder et saisir. Elle en est. Qui le laisse pourtant filer. Le long des chemins. Des premières aux dernières lueurs.
Accompagnant chaque être. Filmant la mémoire, les vestiges, les signes et les traces, pour mieux les distinguer dans leur silence, dans leur passage semblant indistinct. Voici une façon pertinente de photographier la mélancolie et le mal de bien vivre; sans « pathos » exacerbé pourtant. »
Catalogue d’exposition « 15 ans de Polaris, 25 ans de Mapra »
Stani CHAINE, critique d’art et commissaire d’exposition

Magazine SORTIR
« Des photos, comme autant de traces sur le chemin de sa vie, de sa vie intérieure bien sûr; traces de ses illuminations furtives dans l’obscurité des choses. »
Catalogue d’exposition « Jeune création »
Pierre SOUCHAUD, directeur du magazine ARTENSION
« Claire Poiroux nous convie dans un univers particulier, un chemin qu’elle s’est construit entre passé et présent. Entre les souvenirs des anciens et la réalité de sa propre vie où percent ses choix délibérés de transgression, d’opposition et de volonté personnelle. Le chemin qu’elle emprunte lui est personnel comme chaque chemin de vie que l’on se trace doucement et sûrement. Claire Poiroux est sur les traces de ceux, et de ce, qui l’ont forgée. De par son éducation, de par son passé, elle devient Claire, photographe sensible qui met à nu son monde intérieur et ses questionnements. En vingt photographies et photomontages sur le thème des chemins anciens, elle nous conduit à travers son propre cheminement. Les livres qui occupent l’espace des premières photos sont importants, voire primordiaux car ils symbolisent la connaissance, le creuset dans lequel se forme l’individu. Tandis que le personnage, ombre noire au visage indistinct, c’est elle, cette petite dame qui, par sa présence, témoigne de son attachement au passé et de sa curiosité inlassable des choses de la vie.
En quoi nos vies en perpétuels devenirs sont-elles redevables à nos aïeux comme cette photographie qui montre quelques lettres éparpillées, vestiges d’un temps révolu, et deux vieilles photographies de personnages d’un autre monde, dont l’acuité du regard nous bouleverse encore ?
Après avoir rendu hommage aux traces inscrites en elle, Claire Poiroux nous emmène sur son chemin personnel. Toujours un peu flou, il symbolise sa précarité en se confrontant à cette volute de fumée qui flotte dans les airs. Un autre photomontage joue avec ce chemin tortueux qui, tel un miroir, se reflète à l’inverse de l’autre côté d’une page. Claire Poiroux, ou plutôt la dame noire, fait plusieurs apparitions sur cette route. Tantôt une loupe la dévoile à nos yeux sur le chemin, tantôt le chemin lui-même devient son corps – la dame est cette fois-ci représentée en blanc tandis qu’en son centre apparaît l’herbage, le milieu de cette route de campagne .Claire Poiroux aurait pu prendre pour symbole de son chemin de vie, une voie asphaltée, tournée vers un futur déshumanisé, où l’homme court toujours de plus en vite. Or c’est l’inverse qui transcende son travail. Cette tranquillité des choses anciennes, perméables à l’épanouissement de l’être est une belle leçon de vie qu’elle nous offre là. »
Cycle de Photographie Henri Vincenot
Marielle BOUCHARD, Pole culturel de la Ville de Talent


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