Extraits choisis
« Etre photographe, c’est matérialiser une intuition poétique de la réalité. »
Pierre de Fenoyl

« Sœur d’âme » © Claire Poiroux 2025
L’originaire



« A l’orée de l’aube montante, il me prend parfois à rêver de cette période immémoriale, avant ma naissance où, confinée dans les entrailles de ma mère, j’ai vécu les premiers instants de mon existence. Instants mystérieux de lente élaboration et maturation de mon être, dans une étreinte d’âme à âme, dans un bercement d’éternité.
Comme j’aimerais sonder ce qui, d’intériorité à intériorité, peau contre peau, substance contre substance, s’est transmis en son sein jusqu’au plus profond de mes fibres. Percer ce qui, de l’histoire familiale ensommeillée, s’est imprégné au plus secret de mes cellules.
Et plus lointainement encore, pénétrer jusqu’à ce temps avant le temps, avant que le temps ne me soit compté. Entrer en résonance avec cette vibration originelle, embrasser cette tendresse oubliée me délivrer à ma destinée. »
Claire Poiroux
Tes lointains


A mon père
Leur secrète étoffe
Photographies et textes mettant en lumière la vocation du personnel soignant en EHPAD (photographies effectuées sur le site de Coublevie). Ce travail a donné lieu à l’édition d’un livre-recueil et à la réalisation d’une exposition itinérante qui circule dans les hôpitaux, les écoles de formation aux soins infirmiers, les Maisons de l’Emploi. Elle est également proposée pour introduire la réflexion des colloques sur l’éthique et la bientraitance en milieu hospitalier.
Commande « carte blanche » du service culturel de l’Hôpital de Voiron avec le soutien de la DRAC, de l’ARS, de la Région Rhône-Alpes, du Conseil Général de l’Isère et de la Ville de Voiron.
Voir les photographies de l’exposition à l’ancien Cloître de Coublevie (Isère)
Eclipse
« L’image surgit avant la parole.
J’aime le mystère celé dans les images troubles, impénétrables comme un rêve, comme une musique, comme un souvenir…
L’appareil photographique est ce « médium » qui m’aide, si peu que ce soit, à retenir ce qui m’échappe, à mettre en suspens la lumière, à attraper un peu d’éternité, à embrasser le vent.
La photographie : ma part de ciel. »
Claire Poiroux
Premiers instants
Série de photographies de format rond sur le thème de la maternité, réalisée en résonance avec quelques lignes de Christian Bobin :
« Elle est belle. Non, elle est plus que belle. Elle est la vie même dans son plus tendre éclat d’aurore. L’évidence est là, l’évidence de sa beauté, la lumière sur ses épaules quand elle se penche sur le berceau (…). Elle est belle en raison de cet amour dont elle se dépouille pour en revêtir la nudité de l’enfant. Elle est belle en mesure de cette fatigue qu’elle enjambe à chaque fois pour aller dans la chambre de l’enfant. Toutes les mères ont cette beauté. »
« Le Très-Bas », Christian Bobin
La faute
Premier volet d’une trilogie dédiée à mes aïeules qui, par leur destin énigmatique, m’ont fascinée. Tels des piliers de la famille, en filigrane, ces femmes m’interrogent.
J’aimerais comprendre la question de leur vie restée en suspens, irrésolue, qui s’est symboliquement transmise dans notre lignée et résonne encore en moi.
Magnétisée par leur histoire, je retourne sur les lieux où elles ont vécu, j’hume l’air qu’elles ont respiré, j’interroge les murs, les documents et portraits familiaux précieusement collectés, indices généalogiques et rumeurs familiales, trouvailles inattendues, jusqu’à ce qu’un sens émerge…

A mon arrière grand-mère Berthe
A sa grand-mère Caroline
« Femmes de mes origines, sans vous avoir vues, je vous connais.
Je vous respire dans la profondeur de l’air.
Du passé, à présent figé dans l’éternité, tout mon être vous ressent.
Vos visages, gravés dans l’invisible, sont enchâssés au fond de moi.
Comment vous dire, à quel point, du lointain de mes racines,
dans chacune de mes cellules vous êtes en vie aujourd’hui ? »
Claire Poiroux
Passage
Série de photographies et texte en mémoire de l’ancienne usine Guitel Étienne et de la construction, en son emplacement, du nouvel Hôtel de Ville de Voreppe (Isère). Travail qui a donné lieu à une exposition et l’édition d’une plaquette pour l’inauguration du nouveau bâtiment.
Commande « carte blanche » de la Mairie de Voreppe.

Voir les photographies de l’exposition à l’Espace Louis Christolhomme (Voreppe)
Nocturne


« La nuit, tout s’éteint
Un souffle clôt mes paupières.
L’immensité m’envisage
Laissant enfin la réalité
Se dérober
Se déborder
Par le mystère. »
Claire Poiroux
Voir les photographies de l’exposition à la Galerie Monod (Paris)
et au Château Saint-Jean de Chépy (Isère)
Ma vie
D’après le poème éponyme d’Henri Michaux.

Série de photographies librement inspirées du poème « Ma vie » d’Henri Michaux , présentées sous forme de quatre tableaux de format 600×800 contrecollés sur bois.
Voir les photographies de l’exposition à l’Espace Larith (Chambéry)
Lettre à mon grand-père

Série de photographies présentées dans des caissons sous verres gravés d’extraits manuscrits de la « lettre à mon grand-père ».
« De quelle nature est cette musique qui m’incise l’âme, aspire mes pensées et les transpose ailleurs?
Tapies vers le bas, des notes caverneuses gravitent autour de moi, m’empoignent les entrailles et jettent leur souffle dans les couloirs sombres et inconnus de ma mémoire…
Je ploie sous tant de beauté échappée des profondeurs. Des sons qui en rappellent tant d’autres… Un rideau s’ouvre. Mon regard part au loin et soudain se souvient.
A l’instant, transportée dans le salon feutré de mon enfance, j’écoute avec adoration mon grand-père jouer du piano.
Des notes cristallines tintent dans ma poitrine. Mon cœur entre en résonance. A travers mes yeux embués, des visages, des objets, des lumières se précisent. Des intonations, des rires, des expressions de personnes aimées il y a longtemps s’invitent à l’improviste. Un vent mystérieux les soulève et leur redonne vie. Un espace irréel se déploie. Mon esprit s’envole. J’effleure le ciel. »
Claire Poiroux
Aurore

Voir les photographies de l’exposition à l’Espace Le Polaris (Corbas)
Voir les photographies de l’exposition à la Maison de la Photographie (Grenoble)
Soupir envolé

Série de photographies présentées sous cristallisoirs en verre.
Voir les photographies de l’exposition à l’Académie du Bois Joli (Voiron)
Encre invisible

Série de photographies présentées sous caissons.
« La photographie est pour moi un voyage intérieur ; un voyage en apesanteur.
Apesanteur entre moi et le monde, entre passé et avenir, entre brisures et élans, entre poids et aspirations infinies.
J’aime contempler ce clair-obscur intérieur.
Observer tout ce qui tapisse mon être sans bruit.
Interroger ceux qui m’ont façonnée en sourdine et m’habitent pour l’éternité.
Traverser cette épaisseur troublante.
Soulever ce voile de mystère.
Je suis écrite d’une encre invisible ; encre sympathique que la photographie m’aide à révéler. »
Claire Poiroux
Voir les photographies de l’exposition à l’Académie du Bois Joli (Voiron)
Par chemins anciens

Série de photographies accompagnées d’un texte (ci-dessous) réalisées pour le cycle de photographie Henri Vincenot 2003.
Lauréate du Prix Henri Vincenot.
« En ouvrant mes mains, j’ai la conviction que les quelques lignes qui y sont gravées sont la preuve que mon chemin de vie est unique; il ne reproduira celui de personne d’autre et ne sera plus jamais emprunté après moi.
Ce chemin que je ne connaîtrai intégralement qu’à la fin de mes jours m’est aujourd’hui inconnu. Il se révèle pourtant progressivement à moi.
Un tel chemin, tous les hommes de tous temps et de tous lieux l’ont également emprunté ou l’emprunteront. Certains en ont laissé une trace par des écrits, des photographies. C’est par ces documents qu’ils se révèlent à moi. A travers leurs questionnements, leurs obstacles, leurs doutes, je me reconnais comme dans un miroir et cela m’apporte un éclairage sur ma propre route: chemins anciens, chemins de toujours…
Et moi, quelle trace vais-je laisser? Quelle épaisseur aura ma vie? Je ne veux pas suivre une route identique à celle des autres. Toutes les voies me sont ouvertes, tout m’est possible. Mais mon chemin est unique. Lui seul me permettra de donner toute ma mesure; lui seul, si je le prends à bras le corps, sera grand et beau.
Pas à pas, je trouve mes propres réponses, qui sont parfois universelles, et parfois inédites. Alors, je prends le risque que ma route dévie du « droit chemin » enseigné par mes anciens. Et petit à petit, moi qui semblais toute petite et perdue sur ce grand chemin de la vie, je trouve mon propre chemin: un chemin à ma taille, un chemin qui me traverse de part en part, et qui m’identifie. En acceptant de m’ouvrir à lui, la vie s’incarne en moi: chemin pluriel… chemin singulier. »
Claire Poiroux
Voir les photographies de l’exposition à la Maison de l’Image (Grenoble)
Voir les photographies de l’exposition aux Moulins de Villancourt








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